15/11/2009

Le business des poubelles - épisode 4 – Un marché qui rapporte

Mouscron

En  général, la collecte des déchets est organisée par des intercommunales publiques et c’est tant mieux.

Car en se regroupant, les communes peuvent faire poids et obtenir des conventions plus intéressantes. Mais puisque le recyclage ça rapporte pas mal, on voit très vite le privé se pointer. 

L’Union Européenne a d’ailleurs prévu que les « opérateurs publics de gestion de déchets (entendez par là les communes) ne peuvent plus gérer eux-mêmes les déchets et le décret impose donc, ainsi, aux opérateurs publics de déchets de s’inscrire dans le cadre de partenariats avec  UNE PERSONNE MORALE DE DROIT PRIVE pour le prétraitement, la valorisation et l’élimination des déchets industriels *.

Et qui voyons-nous entrer en scène ? Suez environnement, filiale du groupe GDF Suez, dont l’un des principaux actionnaires n’est autre que ce cher Albert Frère, l’homme tant apprécié par Didier Reynders *. Sita, filiale de Suez en Belgique, organise la collecte des déchets et exploite en joint-venture l’incinérateur à Doel  (460.000 tonnes de déchets par an). A Herstal, l’unité de valorisation énergétique Uvelia (en fait un incinérateur) est co-gérée  par Intradel  (70%), Suez (15%) et Vangansewinkel (15%). Bientôt la capacité traitée sera de 300.000 tonnes, ce qui devrait permettre la production et la vente d’électricité : 241 millions de kWh/an, soit trois fois plus qu’actuellement.

Albert Frère se dit très satisfait et n’exclut pas d’augmenter sa position dans le capital de Suez Environnement. Compte tenu de son flair légendaire pour les affaires juteuses, c’est que l’entreprise possède du potentiel. Pour lui, bien sûr.

*Union des villes et des communes, Dossier « Coût – vérité des déchets », octobre 2007

* « L’homme qui parlait à l’oreille des riches » de Marco Van Hees, employé au Ministère des Finances

Prochain épisode : Pistes pour un financement alternatif.

11:26 Écrit par Vercruysse Dominique - Mouscron - Ambition2000 - A.D.M dans Le business des poubelles | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/11/2009

Episode 3. Le coût-vérité n’est pas forcément le juste prix

sac_poubelle_Mouscron

Que l’on m’entende bien : diminuer les déchets, les trier pour les recycler, tout cela est absolument nécessaire et doit être financé.  MAIS LES DISPOSITIONS ACTUELLES PRENNENT LA POPULATION EN OTAGE.

En effet, qui va supporter, le plus, l’application de cette nouvelle politique sinon la population elle-même. Si les directives européennes entendent responsabiliser tous les acteurs, aucune mesure par contre n’est prise contre les producteurs industriels de tous ces emballages que l’on nous impose en achetant. Ne suffirait-il pas pourtant, à titre d’exemple, d’interdire les emballages en frigolite ?

Dans son essence, le principe du coût vérité est également et profondément antisocial car il va pénaliser surtout les ménages à faible revenu et les familles nombreuses.

Les taxes sont donc les mêmes pour tout le monde que vous bénéficiez d’un revenu de 1.300 € ou de 10.000 € par mois.  Si cela n’est pas injuste ? !

Le coût-vérité est la négation du service public financé par les impôts selon les revenus et totalement accessible à l’ensemble de la population. Imaginez que l’on applique ce coût vérité à l’enseignement ou aux soins de santé. Des centaines de milliers de gens n’auraient plus la possibilité d’étudier ou de se soigner.

A tous les niveaux de la chaîne de recyclage, ce sont les gens qui sont taxés : taxe recupel, taxe provinciale pour l’environnement, écotaxes répercutées vers le consommateur final, taxe communale pour les déchets ménagers, et, désormais …  la taxe proportionnelle sur nos déchets ménagers.

Mais à tous les niveaux de la chaîne du recyclage, il y a aussi  ceux qui font des bénéfices

On nous revend, avec bénéfice, l’électricité produite grâce au recyclage de déchets triés par nos soins. Certains groupes financiers font des bénéfices à la fois en produisant puis en éliminant un même produit.

On culpabilise bien trop  la population.

Mettre un déchet dans le mauvais bac est considéré comme un délit écologique. Or, les consignes de tri dépendent surtout des prix du marché !  Ainsi les plastiques durs ne rapportent plus et sont désormais considérés comme encombrants. Après la chute du prix du papier neuf, certains pays ont stoppé le recyclage des papiers et cartons.

Ce qui est crime écologique aujourd’hui, parfois sera la bonne conduite demain. Et les tarifs changeront…

Le ministre Lutgen l’a lui-même reconnu : « La vérité est que, quand je vous parle du coût-vérité », il est clair que les communes demandent une contribution trop élevée et que les gens payent plus cher que le service qui leur est réellement rendu ». *

Ce qui fait bondir aussi, c’est que le principe pollueur – payeur » n’est pas le même pour tous : les déchets industriels représentent 90% des déchets en Flandres et en Wallonie, selon l’Union wallonne des entreprises en 2004, 48% des déchets sont issus de l’industrie, 20% du secteur de la construction et de la démolition, 18% du secteur tertiaire et de 12% des ménages.

Mais les tarifs de l’Intercommunale Intradel (Liège) prévoient que les flux ménagers doivent être nettement distingués des flux industriels et qu’un contrôle propre à chaque flux doit être mis en place. Cela permettra d’éviter des amalgames. Et, notamment, que des prix « déchets industriels » généralement plus bas ». ** servent de prix de référence.   Donc, non seulement les ménages produisent beaucoup moins de déchets, mais encore, ils payent plus cher pour les faire enlever et les recycler.

* Parlement wallon 04/12/2008. Interpellation de M. Westphael  (Ecolo) à M. Lutgen ministre de l’agriculture, de la ruralité de l’environnement et du tourisme sur « l’impact du budget des ménages du plan wallon des déchets ».

** Plan stratégique Intradel 2008-2010  p..7

10:53 Écrit par Vercruysse Dominique - Mouscron - Ambition2000 - A.D.M dans Le business des poubelles | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

05/11/2009

Le business des poubelles – 2ème épisode : 800 gr par semaine

poubelles
Il est actuellement appliqué - par la plupart des communes wallonnes - une taxe forfaitaire donnant droit à un certain nombre de sacs poubelles pour le ramassage et à l’accès aux parcs à conteneurs.
Je ne passerai pas ici en revue tout ce qui se fait dans les communes  mais je tiens quand-même à en épingler quelques-unes afin que vous puissiez vous faire une idée de ce qu’il se passe ailleurs – et bientôt à Mouscron sans doute.

A la Louvière, une taxe de 121 € pour un ménage de 4 personnes a été instaurée, taxe qui donne droit à l’octroi de 40 sacs par an.

Mais les tarifs sont occupés d’augmenter et, partout, à ce que mon petit doigt me dit, on discute d’une taxe proportionnelle en plus de la taxe forfaitaire afin de, soi-disant, inciter les ménages à produire moins de déchets et à mieux trier. Les ménages qui dépasseraient un certain nombre de sacs ou de kg de déchets par an devraient payer un supplément !

Par exemple à Amay, où le président d’Ecolo Jean-Michel Javaux est bourgmestre, la taxe forfaitaire est de 98 € pour un ménage de 2 personnes et plus. Cela donne droit à 20 sacs ; ce qui est, disons-le, nettement insuffisant.  Et, cerise sur le gâteau, tout rouleau de 10 sacs supplémentaires coûte 8,70 €.

A Charleroi, la taxe pour un ménage de 2 personnes passe de 87 à 125 € et  les sacs à 97 cents la pièce sont à acheter en supplément. Il est prévu que les ménages à faible revenu reçoivent des sacs gratuits, mais la distribution ne suit pas.

A Anthisnes, en avril dernier, les habitants ont protesté car la taxe qui était de 30 € pour un isolé  est passée à 75 €.  Si un certain poids de déchets sur l’année est dépassé, un supplément de 15 centimes par kg sera réclamé.

A Floreffe (région namuroise),  la taxe est de 84 € pour 20 ramassages et sera augmentée de 1,7 € par ramassage supplémentaire.

A Seraing, la taxe de base pour un ménage de 4 personnes est de 105 €.  Tout ce qui dépasse 40 kg/personne de déchets non recyclables et 12 ramassages par an sera facturé à 15 cents/KG et à 1 € par ramassage.  40 kg par an … c’est 800 gr par semaine.

En régions flamande et bruxelloise, les formules sont un peu différentes mais toutes vont dans le même sens : c’est encore M. et Mme Tout-le-monde qui vont payer.

Dans le 3ème épisode : je parlerais de... marché juteux !

16:24 Écrit par Vercruysse Dominique - Mouscron - Ambition2000 - A.D.M dans Le business des poubelles | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

30/10/2009

Le business des poubelles – 1ère partie. Le coût-vérité.

dechetterie

Le business des  poubelles – 1ère partie. Le coût-vérité. 

L’on sait que les décisions de l’Union Européenne ont cette étrange propriété de  passer inaperçues  dans notre presse quotidienne.

Il en va ainsi de la décision prise par l’Union Européenne  que tous les Etats membres doivent désormais établir (et s’y conformer)  une politique du coût- vérité  pour la collecte et le traitement des déchets. Ce coût- vérité sera progressivement à la charge des citoyens et ce avec une répercussion totale pour 2013.

L’Union Européenne entend ainsi nous  responsabiliser sur base du principe du « pollueur-payeur »

Mais qu’en est-il exactement dans la pratique :

1° En Belgique, ce sont les communes qui sont responsables de la gestion des déchets et cela en vertu de leur mission de salubrité publique. Les communes finançaient cette mission par l’instauration d’une taxe communale mais aussi par des dispositions organisationnelles propres à chaque commune.

2° Ce qui est à redouter c’est qu’à partir de 2013, les communes qui s’abstiendraient de faire payer le coût intégral des déchets aux citoyens se verraient sanctionner en ne recevant plus de subsides régionaux en matières de prévention et de gestion de déchets.

3° Cela entraînera inévitablement tous les bourgmestres de ce pays à cogiter des plans pour rester fidèlement en adéquation avec les directives européennes et régionales.

Suite  la semaine prochaine – Le business des poubelles – 2ème partie – 800 grammes par semaine

16:58 Écrit par Vercruysse Dominique - Mouscron - Ambition2000 - A.D.M dans Le business des poubelles | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |